Thailande : A la découverte de la médecine traditionnelle juin 16th, 2010

J’ai passé 2 semaines à Chiang Mai pour faire des recherches sur la médecine traditionnelle thailandaise et voir s’il existe des liens entre l’aromathérapie et cette médecine. J’ai investigué différents aspects du sujet. Je me suis rendue au Ministère de la Santé, à l’université, dans des spas, des écoles de médecine traditionnelle et des hôpitaux.

Les photos ont été prises dans un spa qui donne des cours de massage thai (à l’aide des pochons contenant des plantes aromatiques) ainsi que des cours de cosmétique traditionnelle. Les traitements sont réalisés à base de plantes aromatiques.  

Laos : l’huile essentielle la plus chère du monde, le bois d’aigle mai 16th, 2010

Un moment, il avait été question que je me rende au Laos. Puis, cette possibilité était tombée à l’eau car le contact que j’avais sur place n’avait pas abouti. Et puis, quand j’étais dans les plantations vietnamiennes, Cuong m’a parlé de Christopher, un Suisse qui produit, dans le nord du Laos, l’huile essentielle la plus chère au monde : le bois d’aigle. Je n’avais jamais entendu parler de cette huile, j’étais intriguée et j’avais envie d’en savoir davantage. J’ai donc pris contact avec Christopher qui a accepté de me rencontrer pour me parler de son métier et de cette fameuse huile.

J’ai choisi de traverser la frontière au nord du Vietnam ce qui me permettait de faire une escale à Sapa, réputé pour ses magnifiques paysages de rizières et ses minorités ethniques. Après 2 jours, j’ai embarqué, de bonne heure, dans un mini-van avec quelques Vietnamiens, 4 Anglais et 2 Australiens afin de rejoindre Dien Bien Phu, la ville la plus proche de la frontière laotienne. C’était le début d’un voyage de 3 jours dans des bus plus inconfortables les uns que les autres. Juste le temps de dormir quelques heures dans un petit hôtel et nous nous levions aux aurores pour reprendre le bus suivant. On m’avait prévenu que le Laos était beaucoup moins organisé que le Vietnam et que la patience était de mise. Je confirme ! Après avoir marché dans la boue sur plus d’un kilomètre pour rejoindre le poste frontière laotien, nous sommes restés bloqués pendant quatre heures en attendant que les ouvriers déblaient la route qui venait de s’ébouler. Nous avons finalement repris la route pour nous rendre compte que nous étions à 45 minutes de notre destination.

Après 3 jours, je suis enfin arrivée à Udomxai, la ville où se trouvent les plantations de Christopher. A la station de bus, une vieille jeep de l’armée m’attendait. Une heure de piste a été nécessaire pour rejoindre les plantations de bois d’aigle. Il faut savoir que cette huile essentielle n’existe pas en tant que telle dans l’arbre. Elle n’apparait qu’à partir du moment où celui-ci est abimé, soit par des insectes, soit par la foudre ou encore par le frottement d’un autre arbre. Pour avoir une huile de qualité, il est parfois nécessaire de garder l’infection dans l’arbre pendant plusieurs années. Le bois sera ensuite coupé et distillé pendant plusieurs jours. Certaines parties de l’arbre sont également utilisées pour fabriquer des bâtons d’encens ou sont brûlées lors de cérémonies religieuses. Cette huile est vendue principalement dans les pays du Moyen-Orient et est utilisée pour se parfumer. Ces dernières années, sa qualité et son rendement ont fortement baissés. Christopher me disait qu’elle était vouée à disparaitre. Pour palier à cette situation, les producteurs ont commencé à infecter eux-mêmes les arbres. Ils injectent une préparation naturelle faite de miel et de plantes. Malgré cela, le rendement continue à sérieusement diminuer.

Après ma visite des plantations, j’ai passé quelques jours à Vientiane pour des rendez-vous. Je suis ensuite descendue dans le sud, près de la frontière vietnamienne pour aller visiter la plantation de Keo, un Laotien qui travaille dans ce domaine depuis plus de vingt ans. Sur place, j’ai pu assister à l’entretien des plantations. Les mauvaises herbes sont régulièrement enlevées de manière à ce que le bois d’aigle pousse dans des conditions optimales. J’ai également vu l‘élagage et le nettoyage du bois en vue de la distillation. J’ai même eu la chance d’assister à une transaction. En effet, Keo dispose de ses propres plantations mais il achète également du bois aux paysans des environs. Mon côté anthropologue a été interpellé par cette micro-société qui s’est créée autour de la production du bois d’aigle. Keo et une petite dizaine d’ouvriers vivent sur place, partagent leurs repas et dorment à quelques mètres de l’endroit où ils nettoient le bois. Les conditions de vie sont beaucoup plus précaires que dans les plantations vietnamiennes. Il y a moins d’intimité et pas d’eau courante. Les ouvriers se lavent dans une rivière, non loin de la distillerie. Ceci dit, cette pratique est très courante au Laos. Lors de mes trajets en bus, j’ai vu de nombreux hommes et femmes drapés dans leur sari en train de se laver sur le bord de la route. C’est d’ailleurs une des premières images qui me vient en tête quand je pense au Laos.

Vietnam : de nouvelles photos dans les plantations mai 1st, 2010

Vietnam : plantations de plantes aromatiques avril 15th, 2010

Une nouvelle région du monde : l’Asie du Sud-est, un nouveau pays, le Vietnam. Changement de décor, de climat, d’habitudes, de codes vestimentaires, d’alimentation, de monnaie. Bref, tout est à redécouvrir. C’est aussi cela qui fait la richesse d’un tour du monde, cette chance de découvrir différentes cultures dans un laps de temps assez court. Le Vietnam m’attirait depuis longtemps mais je n’en connaissais pas grand-chose. Comme à mon habitude, j’ai ouvert le Lonely Planet dans l’avion qui me conduisait à Hanoï. Histoire de savoir comment rejoindre le centre ville et chercher un hôtel. J’avais rendez-vous le soir même avec Cuong, mon contact vietnamien qui travaille dans la production des huiles essentielles. Il a été convenu que nous partions dans sa plantation le surlendemain. Il a donc profité de la journée du lendemain pour me faire une petite visite guidée d’Hanoï.

Avant de quitter la Belgique, j’avais contacté Laurent Séverac, un Français qui vit au Vietnam depuis 20 ans et travaille dans les huiles essentielles. Il est en France durant mon passage au Vietnam mais il m’avait dit que son associé, Cuong, pouvait me faire visiter leur plantation. Il y a environ 12 ans, ce dernier est entré dans la société de Laurent en tant qu’assistant. A cette époque, il ne connaissait rien aux huiles essentielles. Progressivement, il a pris des responsabilités et est devenu l’associé de Laurent. Pendant plusieurs années, ils installaient des alambics dans différentes régions du nord du Vietnam. Ils achetaient les matières premières aux paysans des environs et distillaient les huiles essentielles sur place. Ces dernières étaient acheminées à Hanoï pour être conditionnées. Elles étaient ensuite vendues en Europe et à des spas ou hôtels de luxe au Vietnam. Puis, le prix des matières premières a augmenté et ce mode de fonctionnement est devenu moins rentable. Ils ont alors décidé d’acheter leur propre plantation. Fin 2008, ils en ont trouvé une à 250km au sud d’Hanoï, non loin de la frontière laotienne. Il a été décidé que Laurent resterait à Hanoï pour s’occuper du marketing et de la prospection clientèle. Cuong, quant à lui, gérera la plantation avec sa femme, Thu. La plantation est située dans une région où on plante principalement le manioc et la canne à sucre. Ils ont alors engagés une dizaine d’ouvriers pour nettoyer le site et faire les travaux d’aménagement nécessaires aux nouvelles cultures. Mi-2009, ils ont semé leurs premières plantes aromatiques : mélisse, verveine, palmarosa, menthe, patchouli, citronnelle, gingembre, … Ils ont déjà pu distiller quelques huiles l’année dernière.  Dans les semaines à venir, d’autres variétés seront plantées et une distillerie sera installée. Ils commenceront la distillation des huiles essentielles en juillet.

J’ai eu la chance de passer une semaine dans la plantation. Laurent m’avait prévenu qu’elle se trouvait dans les campagnes reculées du Vietnam. Je confirme ! Le premier café Internet est à une demi-heure de moto et le premier village à 30km. Cela concourt à en faire une expérience riche en authenticité. Des paysages aux chapeaux pointus en passant par les soupes à tous les repas, je peux dire que j’ai goûté au Vietnam de l’intérieur. Sur place, j’ai observé et je me suis imprégnée de l’atmosphère. J’ai suivi les ouvriers dans leur travail, j’ai pris des notes, des photos, j’ai partagé les repas avec eux. Thu m’a même appris à faire des Nems. Certainement les meilleurs et les plus frais que je n’avais jamais mangé. Une après-midi, Cuong m’a fait visiter les environs en moto. Nous sommes allés rencontrer une famille de paysans qui plantent la pastèque. La première question qu’ils ont posée à Cuong : « suis-je une fille ou un garçon ? ». Cela avait commencé avec un jeune homme qui avait arrêté sa moto sur le bord de la route pour poser cette même question à Cuong. Et oui, 1m80 et les cheveux courts n’entrent pas dans les standards féminins des campagnes du Vietnam. Pour en revenir à cette famille, ils ont insistés pour nous inviter à souper. Quelle ne fut pas ma surprise de les voir descendre dans la mare jouxtant la plantation et de remonter avec plusieurs poissons. Ils nous ont ensuite préparés un succulent repas. Je n’avais plus mangé d’aussi bon poisson depuis les sardines au Portugal. Les femmes étaient intriguées par cette jeune blanche qui voyage seule autour du monde. Elles ont demandé à Cuong de faire l’interprète. Elles voulaient savoir ce qu’on mange en Belgique, quel était mon travail, par quels pays je passais et quand je rentrais en Belgique, pourquoi je n’étais pas mariée et pourquoi je n’avais pas d’enfants. Ceci n’est qu’un bref échantillon des beaux moments que j’ai vécu dans les campagnes vietnamiennes. Je suis rentrée à Hanoï le sourire aux lèvres, encore touchée par l’accueil et l’hospitalité des Vietnamiens.  

Inde : l’aromathérapie dans les bidonvilles de Bombay mars 30th, 2010

Les bidonvilles de Bombay, c’est bien le projet le plus original, le plus insolite et le plus éprouvant auquel j’ai participé durant mon séjour en Inde. Je me suis rendue dans cette ville pour rencontrer Marie Berthelot, une jeune française qui soigne dans les bidonvilles à l’aide des huiles essentielles. Il y a un peu plus de deux mois, elle a rejoint une ONG belge établie sur place : les Acupuncteurs aux Pieds Nus. Il y a un environ deux ans, Walter Fischer, l’initiateur du projet, a ouvert un petit dispensaire en bordure des bidonvilles où, pour l’équivalent de 0,30 cents, les populations pauvres pouvaient être soignées grâce à l’acupuncture. Pour répondre à une demande grandissante, il a déménagé dans une clinique plus grande l’été dernier. Cela lui permet de recevoir davantage de patients mais également d’agrandir son équipe. Son objectif est de former des locaux à cette pratique et d’ouvrir d’autres cliniques dans les bidonvilles plus pauvres. Pour ce faire, il recherche des acupuncteurs intéressés de venir partager leur expérience et de former des Indiens tout en découvrant l’acupuncture humanitaire. Walter prône une logique d’échange de pratiques et de savoirs. Je vous invite vivement à visiter son site. www.acupuncteur-apn.com

C’est dans cette logique d’échange que Marie est venue rejoindre l’équipe afin d’apporter son expertise sur les huiles essentielles et créer des ponts entre l’acupuncture et l’aromathérapie. Ces deux pratiques sont complémentaires car l’une permet de soigner où l’autre atteint ses limites. En plus des aiguilles disposées sur le corps des patients, Marie les traite à l’aide des huiles essentielles. Massage, réflexologie plantaire, olfactothérapie, voie orale, application cutanée, tout y passe. En complément de son travail au dispensaire, elle œuvre à faire connaitre l’aromathérapie. Pour ce faire, elle se rend dans les bidonvilles accompagnée d’une travailleuse sociale et d’une traductrice. Elle parle avec les gens dans la rue et passe de maison en maison pour distribuer des prospectus et expliquer aux gens ce qu’est l’aromathérapie et en quoi elle peut les aider.

J’ai eu la chance de partager le quotidien de Marie pendant une semaine, de passer du temps au dispensaire et de la suivre lors de sa prospection dans deux bibonvilles. C’était très touchant de voir la relation qui a pu se tisser entre Marie et certains patients. Un lien qui va bien au-delà des mots car la plupart ne parle pas l’anglais. J’ai en tête l’image d’une vieille dame qui souffre d’une polyarthrite rhumatoïde et que Marie masse, toutes les semaines, avec des huiles essentielles. Après son massage, cette dame a pris Marie dans ses bras pour la remercier. Même si nous ne comprenions pas ce qu’elle nous disait, il n’était pas nécessaire de parler hindi pour comprendre que ce traitement lui avait fait le plus grand bien. Les visites dans les bidonvilles ont aussi été des moments forts en émotion. Ce qui m’a surpris lorsque je suis entrée dans ces quartiers, c’est la propreté dans les rues mais également à l’intérieur des maisons. Ce qui m’a ensuite interpellée, c’est le manque d’espace et d’intimité. Environ huit personnes vivent dans 30 m². Dans cette pièce, ils mangent, dorment, cuisinent, font la lessive et la vaisselle. Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est la gentillesse et l’accueil que ces gens nous ont réservé. Ils nous invitaient à nous asseoir par terre avec eux, nous offraient à boire et posaient beaucoup de questions sur l’aromathérapie. Plusieurs ont apporté leurs enfants à Marie pour lui montrer leurs bobos et voir ce qu’il était possible de faire.

Inde : production et distillation des huiles essentielles mars 15th, 2010

Après mon séjour dans le Kerala, à la découverte de la médecine ayurvédique, je suis partie pour les Nilgiris, au sud de Bangalore. Cette région est située à près de 2500 mètres d’altitude. Elle est réputée pour ses plantations de thé, son agriculture et son climat clément. J’ai rejoint Ooty, la principale ville des Nilgiris, au départ de Cochin, dans le sud du Kerala. A peine 300 km séparent Ooty de Cochin. J’ai fait les 200 premiers kilomètres en train express. Et les 100 derniers kilomètres dans un bus local. Bruits assourdissants et klaxons au programme. Arrivée à Coimbatore, je découvre que 96 kilomètres me séparent d’Ooty. Dans le bus, on me dit que quatre heures seront nécessaires pour rejoindre Ooty. Je suis un peu sceptique. Ce sont des routes de montagne qui serpentent, je suis d’accord. Ce sont des bus indiens, je suis d’accord.Mais quatre heures, ça me semble malgré tout démesuré. Et bien, non ! On a mis exactement 3h55 pour parcourir ces fameux 96 kilomètres. Nous avancions à une moyenne de 20 kilomètres heure. A maintes reprises, le bus a du s’arrêter pour laisser passer celui qui arrivait en face : deux bus ne pouvaient pas passer de front dans les virages en tête d’épingle.

Arrivée à Ooty, c’est une autre atmosphère : les femmes avec un pull de laine par-dessus leur sari, les hommes en tong avec des bonnets et des écharpes. Le soir tombait et la fraicheur (je dirais même la froideur) commençait à se faire sentir. Passer de 35 degrés dans le Kerala à un peu plus de 15 degrés, le choc fut rude. A moi les pulls, les chaussettes et les chaussures ainsi que la couverture pour dormir la nuit. Si je suis venue dans l’hiver indien, ce n’est pas pour fuir la chaleur mais parce que c’est la région des producteurs et des distillateurs d’huiles essentielles. Des forêts d’eucalyptus à perte de vue et des magasins en tout genre vendant principalement de l’huile essentielle d’eucalyptus. L’eucalyptus globulus est l’huile qui est majoritairement distillée dans les Nilgiris. Mais on trouve aussi beaucoup d’eucalyptus citriodora, de citronnelle ainsi que du lemongrass. Les producteurs cultivent également du basilic, du romarin et du thym qui sont destinés à la production d’huiles essentielles. Une huile qu’on trouve aussi beaucoup dans cette région, c’est la gaulthérie couchée. Très vite, je me suis rendue compte que cette gaulthérie n’avait rien de naturel. Elle est rose grenat et ne sens pas la vraie gaulthérie. Il m’a été confirmé par la suite que cette plante ne pousse pas dans les Nilgiris et qu’il s’agit d’une gaulthérie synthétique, préparée en laboratoire. C’était juste très étrange pour moi qu’elle soit vendue au même titre que les autres huiles essentielles naturelles.

Cette constatation est intéressante car elle nous parle de la manière dont les Indiens appréhendent les huiles essentielles. J’ai appris que seulement 20% des huiles essentielles produites à Ooty sont utilisées localement. 80% de la production est vendue à l’étranger ou utilisée par les laboratoires pharmaceutiques, le secteur cosmétique et la parfumerie. Dans les 20% locaux, très peu sont utilisés par les habitants des Nilgiris. Ces derniers emploient principalement l’eucalyptus pour soigner les maux de gorge et les rhumes ainsi que la gaulthérie (qui n’est pas une véritable huile essentielle dans ce cas-ci) pour les douleurs musculaires et articulaires. La plupart des huiles qu’on trouve dans les magasins d’Ooty sont achetées par les touristes (la plupart Indiens car les Nilgiris sont une destination très prisée des Indiens en quête de fraicheur). Lors de leur séjour, ils achètent de l’huile essentielle d’eucalyptus qu’ils garderont, pour la plupart, pendant des années. C’est le cadeau à ramener des vacances dans les Nilgiris. Un peu comme les personnes qui visitent la Belgique et qui rapportent du chocolat ou de la bière. Depuis mon arrivée en Inde, j’avais le sentiment que les Indiens connaissent peu et donc utilisent peu les huiles essentielles. Mon passage dans les Nilgiris et les échanges que j’ai pu avoir avec les locaux ont confirmé ce sentiment. L’Inde est bien un pays producteur d’huiles essentielles mais pas un pays utilisateur (ou en tout cas, en petite proportion). Néanmoins, l’aromathérapie commence à émerger en Inde : des massages aux huiles essentielles sont proposés, certains magasins en vendent comme par exemple celui de l’ashram de Pondicherry. De plus, les huiles essentielles sont utilisées dans les préparations ayurvédiques. Elles font partie des ingrédients entrant dans la composition des huiles médicinales. L’Inde étant un pays émergeant et s’ouvrant à toute une série de nouvelles choses, je ne serais pas étonnée que les huiles essentielles et l’aromathérapie se développent assez rapidement.

Pour en revenir à Ooty, j’ai commencé par aller visiter le village de Cinchona, un des plus gros producteurs et distillateurs de la région. Il s’agit d’une communauté de villageois qui est soutenue, au niveau technique et logistique, par une ONG, Hope. Ils distillent principalement de l’huile d’eucalyptus mais ils cultivent également d’autres plantes (basilic, géranium, thym, romarin) pour fabriquer des huiles essentielles. Le village est organisé autour de la production et de la distillation des huiles essentielles. Une partie des ouvriers vont ramasser les feuilles d’eucalyptus dans les forêts gouvernementales environnantes. Ils les ramènent ensuite à la distillerie afin qu’elles soient distillées dans un alambic. Cette communauté dispose de deux alambics ce qui permet d’alterner les distillations et d’augmenter le rendement.

J’ai également eu l’occasion de me rendre dans une distillerie familiale, à Coonor, à une vingtaine de kilomètres d’Ooty. L’ambiance était totalement différente de celle de Cinchona. J’ai été conduite en moto par un Indien dans des paysages magnifiques. Nous sommes finalement arrivés à ce qui ressemblait de l’extérieur à une maison tout à fait normale. Je suis descendue dans le jardin et j’ai commencé à sentir l’odeur d’eucalyptus. J’ai vu que de la fumée sortait de la petite hutte en feuille d’eucalyptus que nous étions en train de longer. C’est seulement en passant la porte que j’ai compris que ce qui aurait servi de lieu de rangement au fond du jardin en Belgique était en réalité la distillerie. Et là, j’ai découvert un alambic pour le moins artisanal. Une dame âgée surveillait la chaudière. Juste le temps de découvrir un peu cet alambic et de comprendre comment il fonctionne et un monsieur est arrivé pour ouvrir la cuve. Une dame l’accompagnait. J’ai appris par la suite qu’il s’agissait d’une famille : le mari, l’épouse et la mère de l’un d’entre eux. Nous venions d’arriver juste à temps pour la distillation. Après avoir ouvert la cuve, le monsieur a retiré les feuilles d’eucalyptus vidées de leur huile essentielle. La température a commencé à monter d’un cran et l’odeur d’eucalyptus a rempli la grange. Ce qui m’a tout de suite interpellé chez ce monsieur, c’est la douleur qui se lisait sur son visage. Il suait à grosses gouttes et on voyait qu’il souffrait de la chaleur et de la vapeur d’eucalyptus qui commençait à nous piquer les yeux. Je ne pouvais cesser de penser à l’impact que de telles conditions de travail peuvent avoir sur la santé. Je n’arrêtais pas de penser aux distilleries qu’on trouve en France et au fait que jamais chez nous, nous n’aurions des conditions de travail si extrêmes. Par respect, j’essayais de ne pas trop montrer que j’étais affectée par la fumée. Au fur et à mesure que ce monsieur retirait les feuilles, sa femme venait les récupérer, les entassait dans un coin, à l’extérieur de la grange. Elles seront ensuite utilisées comme combustible pour alimenter la chaudière. Parlons-en justement de cette chaudière ! Un trou creusé dans le sol en-dessous de l’alambic. Après que toute la cuve ait été vidée de ses feuilles, ils l’ont de nouveau remplie d’eau. Ensuite, il a fallu réactiver le feu et c’est là qu’est venue la partie la plus désagréable. La grange s’est rapidement remplie d’une épaisse fumée noire. Là, j’avoue que j’ai du sortir, je ne pouvais plus garder les yeux ouverts. Une fois que la fumée s’est dissipée et que le feu a été prêt, les deux femmes ont pris les sacs de feuilles d’eucalyptus qui se trouvaient à l’extérieur de la grange et ont rempli la cuve pour la prochaine distillation.

Inde: la médecine ayurvédique mars 8th, 2010

Après Pondicherry, je suis partie dans le Kerala. En regardant la carte, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le berceau de la médecine ayurvédique était en fait un tout petit état de l’extrême sud de l’Inde. Une fois sur place, j’ai appris que le Kerala jouissait d’un taux d’alphabétisation bien supérieur au reste du pays. Les Keralais sont réputés pour avoir un haut niveau d’éducation et pour être soucieux de leur santé et leur bien-être. Cela s’explique, sans doute, par la tradition ayurvédique et le fait que la prévention tient une place prépondérante dans cette médecine.

Je vais commencer par vous livrer une brève définition de l’Ayurvéda.
Ayur veut dire Vie
Véda veut dire Science
C’est une véritable philosophie, connaissance de la vie. Les textes les plus anciens ont près de 5000 ans. Ils traitent d’alimentation, d’environnement, d’écologie et de tout ce qui a attrait à la vie. En Occident, nous connaissons principalement le yoga (qui est une toute petite partie de l’Ayurveda) et les massages qui sont une branche de la partie curative. Mais l’Ayurveda, c’est beaucoup plus que cela. Elle préconise une série d’habitudes à appliquer dans son quotidien : faire de l’exercice, travailler sa respiration, manger sainement, prendre des traitements préventifs, … C’est une véritable médecine qui est enseignée dans les universités. Le cursus de base dure cinq ans et il est suivi d’une spécialisation de trois ans. C’est avant tout une médecine préventive, l’objectif est de se maintenir en bonne santé. Elle préconise une approche holistique de l’être humain. L’individu est actif dans son processus de guérison ou dans le maintien de sa santé dans le cadre de la prévention.

Il est possible d’aller en consultation chez un médecin ayurvédique ou de se rendre dans des cliniques où l’on soigne uniquement avec l’Ayurvéda. Il existe aussi une série de centres où on peut suivre une cure allant d’un week-end à trois semaines. J’ai passé du temps dans deux centres ayurvédiques. Ce fut l’occasion pour moi de découvrir cette médecine de l’intérieur. J’ai pu échanger avec les médecins, les patients, tester l’alimentation ayurvédique. Cette dernière est végétarienne et composée de riz, de chapatis et de différents chutneys de légumes. La purée de lentilles, appelée dal, est largement présente dans cette cuisine. Dans le premier centre, j’ai notamment passé du temps dans les cuisines pour voir comment ils préparaient les repas (voir photos). Dans le second centre, j’ai expérimenté l’Abhyanga, un massage relaxant à l’huile, en servant de cobaye à des élèves en cours d’apprentissage.

Lors de mes conversations avec les médecins ayurvédiques, je leur ai demandé s’ils employaient des huiles essentielles et de quelle manière. L’huile médicale est largement utilisée dans la médecine ayurvédique. C’est un des remèdes de base. Il s’agit d’une huile végétale, souvent de l’huile de coco, à laquelle est ajoutée différentes plantes et extraits végétaux. Il s’avère que dans certaines huiles médicales, on retrouve des huiles essentielles. Un médecin ayurvédique ne conseillera jamais une huile essentielle pour traiter une toux par exemple. En revanche, il préparera une huile médicale dans laquelle il mélangera des plantes et des huiles essentielles adaptées à cette pathologie.

Inde : Pondycherry et son ashram février 16th, 2010

Je suis arrivée à Bangalore dans le sud de l’Inde depuis un peu plus d’une semaine. J’avais choisi d’atterrir dans cette ville car elle se trouve à mi-chemin entre les différents endroits où je compte me rendre. Bangalore étant une grande ville assez polluée, je n’avais pas envie de m’y éterniser. J’ai pris un peu de temps sur place pour appeler mes contacts et voir comment j’allais m’organiser. Ce fut également ma première approche de la culture indienne : la nourriture, les codes de conduite, vestimentaires. Ici, les femmes ne montrent ni leurs jambes ni leurs épaules. J’ai donc fait quelques achats pour adapter ma garde-robe.

En Inde, je vais visiter quatre endroits qui ont chacun des caractéristiques spécifiques :

  • Pondicherry et son ashram
  • La région du Kerala spécialisée dans la médecine ayurvédique
  • Le mont Nilgiris pour les plantations, la production et la distillation des huiles essentielles
  • Bombay où une française soigne les habitants des bidonvilles grâce à l’aromathérapie

Pour des raisons de disponibilité,  il a été décidé que je terminerai par Bombay. Je commence par Pondycherry et le Kerala de manière à glaner des adresses de producteurs pour mon passage dans le Nilgiris.

Je suis pour l’instant à Pondycherry. C’est une ville un peu particulière car elle a été colonisée par les français et garde une forte empreinte française : nourriture, noms des rues (Saint-Gilles, rue de la Marine, des Casernes). De nombreux expatriés y vivent et c’est une destination de prédilection des touristes français. Pondy est connue pour son ashram qui a été fondé, il y a plus de 100 ans, par Sri Aurobindo et la Mère, une française. Cet ashram est très dynamique et très impliqué dans la vie quotidienne. Il organise de nombreuses activités culturelles, sociales et sportives. Il possède également une école, des pensions et des magasins. Il s’avère justement que l’un d’entre eux,  « Senteurs », propose une large gamme d’huiles essentielles. C’est aussi un laboratoire où sont créés et conditionnés parfums, huiles essentielles et eaux de Cologne. Ils distillent également quelques produits et notamment de l’eau florale de rose. Au départ, ce département de l’ashram a été créé pour fabriquer la friction de Foucaud que la Mère utilisait beaucoup. Elle le faisait venir de France jusqu’au moment où son importation a été interdite en Inde. Petit à petit, ce laboratoire a pris de l’ampleur et a commencé à fabriquer d’autres produits. Un magasin a ensuite été ouvert : Senteurs. La Mère a choisi Sukum pour gérer ce département. Elle en est maintenant la responsable depuis plus de 50 ans.

J’ai été présentée à cette dame qui m’a proposé de venir passer du temps au magasin. C’est l’occasion pour moi de rencontrer les clients, de voir ce qu’ils recherchent et ce qu’ils achètent. C’est également l’occasion d’échanger avec Sukum sur son travail, sur la Mère, le fonctionnement de l’ashram. N’ayant aucune formation en aromathérapie, elle a lu des livres et utilise son intuition. Et je peux vous dire qu’elle a le nez pour choisir ses huiles essentielles. Je lui ai proposé de compléter ses connaissances en lui expliquant quelques bases de l’aromathérapie. J’ai repris pour quelques heures ma casquette de formatrice pour adultes. Cette expérience est très riche car elle me permet, au travers des huiles essentielles, de découvrir la culture indienne et de comprendre la place prépondérante de la spiritualité dans la vie des Indiens.

En effet, mes connaissances sont quasiment inexistantes à ce sujet. Un monsieur qui travaille à l’ashram m’a expliqué que celui de Pondy était très différent des autres ashrams. Ici, il est intégré dans la vie de tous les jours. C’est une véritable ville dans la ville. Selon lui, les autres ashrams sont davantage repliés sur eux-mêmes. Ils préconisent de travailler sur sa spiritualité en se coupant de la vie terrestre, du quotidien, voire d’espérer rester le moins de temps possible dans cette vie. La philosophie de Sri Aurobindo et de la Mère était totalement différente. L’idée est de développer sa spiritualité et de vivre sa vie dans le monde sans attendre que la mort vienne les délivrer. La notion d’entraide est largement mise en avant. Même s’ils sont décédés depuis de très nombreuses années, Sri Aurobindo et la Mère sont toujours très présents dans la vie des habitants de Pondycherry.

J’ai passé plus d’une semaine dans cette ville et demain, je m’envole vers le Kerala pour aller découvrir  la médecine ayurvédique et voir quels sont les liens entre cette médecine traditionnelle et l’aromathérapie.

A venir février 11th, 2010